Horizon glacé
Joan Sullivan
La Vitrine | Année 2025-2026
Depuis plusieurs années, Joan Sullivan explore l’aspect éphémère de la glace fluviale comme métaphore de l’impermanence – l’inspiration de sa série de photographies expérimentales Je suis fleuve. L’hiver venu, vous la retrouverez au bord du fleuve, chaussée de ses bottes de caoutchouc à crampons. Utilisant la technique du « mouvement intentionnel de l’appareil photo », Joan Sullivan crée des images qui oscillent entre représentation et abstraction, soulignant notre ambivalence collective sur l’urgence climatique.
Son œuvre Horizon glacé a été réalisée lors d’une résidence artistique à bord du brise-glace Amundsen. Durant cette expédition scientifique dans le fjord du Saguenay menée par des océanographes de l’Institut des sciences de la mer à Rimouski et organisée par le Réseau Québec Maritime, Joan Sullivan suivait les chercheurs sur la glace alors qu’ils étudiaient ses propriétés mécaniques. L’hiver 2024, le plus chaud jamais enregistré au Canada, laissait peu de glace sur le fjord. Un jour où les chercheurs ont trouvé une couche de glace suffisamment épaisse, ils se sont employés à générer des ondes sismiques, mesurées par des géophones, en sautant à pieds joints sur la glace. Trouvant la scène amusante, Joan Sullivan a saisi ce moment, mettant de l’avant avec humour le geste scientifique dans un paysage maritime hivernal en transformation.
La Vitrine est un espace de diffusion rétroéclairée visible de jour et de nuit sur le mur extérieur ouest du Quai des arts de Carleton-sur-Mer. Cet espace réservé aux membres a pour vocation de favoriser la recherche et l’expérimentation en art actuel. Chaque année, le Centre d’artistes Vaste et Vague lance un appel de dossiers afin de sélectionner une nouvelle oeuvre à y mettre en valeur.
Biographie
Photographe, artiviste et écrivaine, Joan Sullivan vit et travaille dans le Bas-Saint-Laurent, où le fleuve Saint-Laurent inspire son œuvre. Titulaire d’une maîtrise en santé publique, elle est devenue photographe indépendante en Afrique au plus fort de la crise du SIDA. De retour au Québec en 2008, elle s’est intéressée à un autre défi mondial : les changements climatiques. Pendant 10 ans, elle a documenté la transition énergétique, mais après ses études en pratique artistique (2019-2021), elle se tourne vers la photographie expérimentale pour exprimer son éco-anxiété de manière poétique. Oniriques et ambiguës, ses nouvelles œuvres ont été subventionnées par le Conseil des arts du Canada.
Démarche artistique
Photographe habitée par l’urgence climatique, Joan Sullivan aborde la thématique du changement climatique depuis 20 ans. Suite à ses études en pratique artistique à l’UQAR (2019-2021), son regard photographique a évolué du documentaire vers une forme d’abstraction engendrée par des mouvements intentionnels de l’appareil photo. Face au vertige que suscite l’anthropocène, elle se fait fleuve, elle se fait arbre… par mimétisme, par artivisme. Joan Sullivan essaie de percevoir les bouleversements climatiques depuis une autre posture – celle des êtres non-humains menacés par le réchauffement planétaire.
Boursière du Conseil des arts du Canada, elle collabore avec des musiciens et des scientifiques pour créer des installations tactiles et sonores qui cèdent la voix aux non-humains. Ces installations immersives, dont « La voix des glaces » et « Si j’étais un arbre », invitent le public à s’approcher de l’œuvre, à s’y immerger, voire à l’incarner. Une manière phénoménologique de vivre ses photographies autrement que visuellement.
Remerciements
Le Centre d’artistes Vaste et Vague remercie, pour leur généreuse contribution, la Quincaillerie Saint-Omer (panneaux de contreplaqué), les Éclairages Lumi-Tech 2000 de New Richmond (système d’éclairage), le Groupe Corlab de Montréal (vinyle opaque) et le Quai des arts. Le Centre d’artistes Vaste et Vague tient aussi à souligner la contribution de ses partenaires majeurs, le Conseil des arts et des lettres du Québec, le Conseil des arts du Canada et la Ville de Carleton-sur-Mer.
Joan Sullivan, Horizon glacé, 2024.