Là où il y a des hérons
Mathilde Demoli
Résidence | Du 29 juin au 10 juillet 2026
Exposition | Du 10 septembre au 16 octobre 2027
À Carleton-sur-Mer, Tracadièche — ou Tracadigash en mi’kmaw — signifie « là où il y a des hérons ». À la pointe de Tracadièche, d’où l’on peut apercevoir l’île aux Hérons au Nouveau-Brunswick, les hérons font halte avant leur lente migration, laissant sur le territoire les traces de leur présence silencieuse. Depuis l’arrivée au Québec de Mathilde Demoli, elle aime observer le Grand Héron : oiseau de passage, symbole de grâce, de patience, de détermination ou de bonne fortune, il est pour elle un gardien, un veilleur, une sentinelle.
Là où il y a des hérons est un projet qui mêlera des observations sur le territoire de Tracadièche — les habitudes et les déplacements des hérons — aux cultures locales, traditionnelles, populaires et culinaires. Les liens entre l’alimentation du Grand Héron et la nôtre y seront explorés, notamment à partir d’observations menées en 2024 lors d’un cours d’autopsie consacré au Grand Héron au département de biologie de l’Université Laval, auquel elle eut la chance d’assister en tant qu’invitée.
Cette résidence aboutira à une exposition conçue sur mesure pour le centre Vaste et Vague, en lien avec le paysage, l’écosystème et l’histoire du lieu. Elle présentera une colonie de hérons artificiels, à mi-chemin entre l’animal en peluche et l’animal empaillé : comme des jouets, ils porteront le lyrisme, la fragilité et la présence sensible du vivant ; comme des spécimens naturalisés, ils suggéreront la précision, la mémoire et l’obsession humaine de comprendre, classifier et posséder le monde animal. Certains oiseaux seront représentés comme des dépouilles gisantes au sol, d’autres, suspendus en plein vol, traverseront l’espace d’exposition. Traduisant la migration et le passage, le mouvement entre en dialogue avec le paysage et le rythme de la mer, questionnant la limite de notre regard entre l’espace d’exposition et l’environnement extérieur.
Biographie
Mathilde Demoli est une artiste plasticienne française qui s’intéresse notamment à la taxidermie. Elle est diplômée de l’Université Jean Monnet (2020, Saint-Étienne, France) et de l’Université Laval (2024, Québec). Elle est lauréate des prix Oscar-Mercure (2023, Centre en art actuel Regart) et Horizons nouveaux II (2024, La Fondation Grantham pour l’art et l’environnement). Dernièrement, son travail a été présenté à Orange, l’évènement en art actuel de St-Hyacinthe (2025). Elle travaille au département de biologie de l’Université Laval sur la restauration des oiseaux naturalisés de la collection d’ornithologie — une proximité avec les sciences naturelles qui nourrit ses projets de création.
Démarche artistique
La recherche de Mathilde Demoli s’inscrit à l’intersection du biomorphisme, des études du vivant et de la pensée de l’objet. Le corps animal y est envisagé comme un lieu de mémoire et de projection symbolique, un reliquaire à la fois matériel et discursif. Inspirée par l’esthétique des cabinets de curiosités et des musées d’histoire naturelle, elle s’intéresse à la taxidermie. Elle convoque cette discipline comme sujet de représentation et en explore les origines, la technicité ainsi que les usages historiques et symboliques.
Mathilde Demoli ne prélève jamais la vie : elle recueille les restes, victimes silencieuses de notre environnement anthropisé. Ses objets évoquent ainsi les seuils, les passages, les interstices. C’est dans la poiesis — la manipulation lente et attentive de la matière — que s’élabore sa pensée. Sa pratique transdisciplinaire, située entre onirisme et langage scientifique, mêle peinture, moulage, céramique et taxidermie au sein d’un univers baroque, ornemental et réflexif.
Son travail emprunte à l’histoire de l’art, à l’artisanat, aux sciences naturelles, aux savoirs populaires et aux récits personnels. Il interroge notre rapport à l’animal, à la mort, à la consommation, à la nature, au geste et à la trace. Il explore également le potentiel d’un art du soin et de la réparation, dans une époque marquée par la perte, la déconnexion et l’oubli.
Remerciements
Merci à nos partenaires majeurs: le Conseil des arts et des lettres du Québec, le Conseil des arts du Canada et la Ville de Carleton-sur-Mer.
Merci également à l’Écomusée Tracadièche de sa collaboration pour l’événement de sortie de résidence à la Cabane à Eudore.
1-2. Courtoisie de l’artiste
3-6. Présentation de sortie de résidence, à la Cabane à Eudore le 10 juillet 2026. Crédits photo : Centre d'artistes Vaste et Vague