Fernande FOREST | DU MICROSCOPIQUE AU PIXELDÉLIQUE | Photographie

DU MICROSCOPIQUE AU PIXELDÉLIQUE | Photographie

Fernande FOREST | Résidence : Rimouski (Québec) | Provenance : Bonaventure (Québec)

VERNISSAGE | Le vendredi 16 juin, dès 17 h

EXPOSITION | Du 16 juin et 21 juillet 2023 | Carleton-sur-Mer

Depuis les premiers peuples agriculteurs, les semences ont voyagé, les poussant à s’adapter à de nouvelles conditions environnementales, créant ainsi une biodiversité domestique propre à chaque région du globe.

 

En toute circonstance, la plante a démontré sa résilience en symbiose avec le monde qui l’entoure afin d’accomplir son destin.

 

Fernande Forest a mené, entre 2019 et 2020, un travail de recherche interdisciplinaire sur les semences potagères ; semences acquises à la Société des plantes du Kamouraska, où Patrice Fortier, semencier, l’a instruit sur le sujet. Par la suite, c’est au laboratoire de microscopie scientifique de l’Institut des sciences de la mer de l’Université du Québec à Rimouski, assisté de deux chercheurs, qu’elle a étudié — avec les outils de la microscopie — les formes que lui dévoilaient les semences. Impressionnée par le mystère qui se révélait sous ses yeux, elle a observé une vingtaine de variétés de graines, à divers niveaux d’agrandissement, dépassant X 2 000. Perdant tout repère avec le réel, elle s’est retrouvée dans un univers fabuleux aux dimensions cosmiques. On y découvre la topographie de l’infiniment petit ; une morphologie unique, composée de microstructures organisées et complexes. En parallèle elle établissait un protocole pour la germination de ces mêmes graines et les photographiait au numériseur. Les photographies des sujets proviennent de trois appareils : un microscope binoculaire, un microscope électronique à balayage et un numériseur. Chacun de ces outils teinte de ses propriétés spécifiques le paysage révélé par les semences. Avec le binoculaire les photos sont en couleurs et les agrandissements sont modestes, avec le microscope électronique à balayage les photographies sont en noires et la puissance d’agrandissement est énorme, avec le numériseur, les images sont en couleurs avec un rendu hyperréaliste.

 

Ces œuvres nous montrent la beauté et même le sublime, entendu dans le sens romantique. Ces graines minuscules sont des objets évolués, sophistiqués, intrigants et elles font écho à notre sensibilité, d’autant plus qu’elles sont reliées à notre alimentation. Comme l’artiste le souligne, ces semences incarnent le futur, un devenir qu’on a en commun.

 

Afin de poursuivre ses recherches sur les composantes picturales de l’image numérique, l’artiste génère des transformations dans les données numériques de ces photographies. Par diverses expériences de manipulation, elle crée sa propre matière : des entités numériques qu’elle qualifie de « pixeldélique ». Dans ce volumineux corpus, nous découvrons l’imperceptible des semences et aussi celui de la matière numérique qui compose ces images.

 

Ces œuvres pixeldéliques et les photographies de semences issues des trois appareils composent cette exposition. Cet ensemble éclaté et à la fois tout à fait cohérent arrime deux univers complètement différents qui pourtant cohabitent et dialoguent entre eux.

 

La rencontre de l’art et de la science lui a permis de dépasser sa zone de confort dans les représentations botaniques qu’elle fait du monde végétal — l’artiste travaillant sur ce thème depuis plus de 30 ans — mais elle a d’abord permis aux semences de dévoiler, pour notre plus grand plaisir, le plus intime d’elles-mêmes.

 

Vous les retrouverez donc magnifiées, tantôt dans une galerie de portraits, tantôt en mosaïque de germes, tantôt en grands formats sur papier de riz ou encore en bandes adhésives séquentielles et, en conclusion, on les découvre animées dans une vidéo originale qu’elle réalise.

 

Cette vidéo photographique est une nouvelle forme d’expression dans sa pratique. Elle émerge du désir de voir ces images s’animer, d’en ressentir le mouvement, la vie, la transformation et d’en partager l’expérience sensorielle.

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En conclusion, dans ce chassé-croisé entre nous et la nature, l’artiste dit revenir à l’essence de son travail : la force vitale, celle-là même, qui est force créatrice et qui nous permet de nous adapter, de nous ouvrir et de nous renouveler, comme l’ont fait les plantes depuis des millénaires.

 

 

DÉMARCHE ARTISTIQUE

 

Sa pratique en photographie cherche à créer des filiations entre notre rapport au végétal, au scientifique et à notre humanité en révélant le réel et en le magnifiant. Ce dialogue entre la nature et la technologie cherche à actualiser la représentation du monde végétal. Elle travaille depuis 1998 avec le numériseur. Tel un microscope, il lui permet d’étudier avec précision et stabilité ses sujets. Le potentiel limité d’agrandissement de cet appareil l’a mené vers la microscopie scientifique où la puissance des outils lui permet de dépasser les repères du perceptible à l’œil nu. Cette proximité avec la partie invisible des végétaux ne fait qu’augmenter sa curiosité et son désir de révéler l’organisation complexe de leur anatomie. Elle les met donc en scène, ces plantes, pour qu’ELLES nous révèlent poétiquement l’essence du monde.

 

Ces dernières recherches en microscopie lui ont permis d’investiguer autant les microstructures numériques ou composantes virtuelles de ses images, que les microstructures réelles que lui révèle la microscopie. Ce travail pictural reprend le protocole du chercheur; tendre vers l’inconnu, fouiller, analyser, décortiquer. Ce travail dans l’image numérique questionne la représentation des végétaux et l’attrait qu’exercent ces compositions abstraites sur l’œil. Quels sont les liens visuels évocateurs entre ces sujets virtuels et l’objet naturel? La distance entre ces images est tellement grande, que seul le fait de connaitre la source agit sur notre imaginaire et nous projette de l’inconnu au connu. Ce questionnement s’est imposé à elle avec les semences. Ce que l’on regarde en voyant une graine dépasse l’objet qu’on a sous les yeux, on y voit le futur, le légume ou le fruit qu’elle deviendra ultimement.

 

Les plantes ont été depuis longtemps classées comme une forme de vie inférieure, ce n’est plus le cas aujourd’hui. Elles font maintenant l’objet d’études qui prouvent scientifiquement leur « intelligence » et qui les placent à côté de l’intelligence artificielle comme deux piliers potentiels de connaissance, de découvertes et d’utilité pour la société. Elle aime s’inscrire dans cette ligne de pensée qui nous incite à risquer, créer et à se renouveler.

 

 

BIOGRAPHIE

Fernande FOREST | DU MICROSCOPIQUE AU PIXELDÉLIQUE | Photographie

Crédit photo : Florence Forest

Née à Bonaventure en Gaspésie, Fernande Forest vit et travaille à Rimouski où elle a une pratique en arts visuels depuis plus de 30 ans. Sa recherche porte sur le vivant, particulièrement sur les végétaux.

 

Elle a réalisé des expositions collectives et individuelles au Canada et en Europe. En 2022 dans un duo entre le centre Sagamie d’Alma et Caravansérail de Rimouski, elle présentait sa dernière recherche sur le motif floral dans le textile et, dans la même année elle avait une exposition solo au Musée Régional de Rimouski sur les semences potagères ainsi qu’à Topo – Centre de création numérique à Montréal (2021). Boursière du CALQ et du CAC, elle a fait plusieurs résidences d’artistes, symposiums et évènements in situ. Elle conçoit des œuvres dans le cadre de la politique d’intégration des arts à l’architecture du MCCQ et on lui a consacré un épisode dans la série À tout hasard de Suzanne Guy présentée à Art TV.

 

Impliquée dans le milieu culturel de sa région, elle fut une des membres fondatrices de l’Espace F et du journal d’opinion Le Mouton Noir. Elle fait aussi partie de conseils d’administration du milieu culturel de sa région.

Remerciements

 

Cette exposition célèbre la mémoire de Michel Béchard qui, comme les semences, était plus grand que sa seule apparence.

 

Ce projet a bénéficié de l’appui du Conseil des arts du Canada.

 

Merci à la collaboration de messieurs Claude Belzile et André Rochon de l’Institut des sciences de la mer de l’Université du Québec à Rimouski, à Patrice Fortier de la Société des plantes du Kamouraska, àTopo – Centre de création numérique et à Culture Bas-Saint-Laurent.

 

Logo : Conseil des Arts du Canada (CAC)